LA FIN DE L'ETAT
est disponible sur TheBookEdition
En voici la Préface :
Si j’ai écrit ce texte, c’est parce que depuis quarante ans
que j’écris, je me sens toujours dans une complète incompréhension, parce que
je ressens mon point de vue comme rejeté a priori, non entendu. Non audible ?
Je n’en suis pas convaincu. Forcément, sinon je ne reprendrais pas la plume.
Mais non écouté, parce que les esprits sont toujours orientés dans une
perspective qui semble incontournable et qui de mon point de vue bloque toute
réflexion :
- du point de vue positif, la perception de la vie idéale comme
absence de contradictions, de travail. Une sorte de pays de cocagne. Je ne
crois sûrement pas que le monde soit une vallée de larmes et que nous ayons à
gagner une félicité éternelle par les peines que nous endurons ici bas. C’est
une vision qui a régné jadis. Mais les esprits sont passés dans l’inverse qui
est tout aussi faux : la dictature du plaisir, de la spontanéité, la
négation de toute élaboration… ce qu’on appelle liberté, développement du sujet…
et qui n’est en fait de mon point de vue que le règne du spontané, du n’importe quoi.
- du point de vue négatif, l’idée que l’ennemi est la violence, la
contrainte, dite fascisme, parce que nous avons vécu le syndrome de la Grande
Guerre (1914-1945) et que les vainqueurs, l’union des démocraties, a rejeté la
faute, la responsabilité de la guerre, en 1914 et plus encore en 1939, sur les
régimes autoritaires. Je n’ai jamais voulu encenser le pouvoir autoritaire,
loin de là, mais il est historiquement plutôt de l’ordre du passé, et il faut,
je crois, aujourd’hui stigmatiser surtout (parce que c’est cela qui nous
bloque) le pouvoir insidieux de régimes qui s’appuient sur la corruption
interne des humains et font régner le chaos. Tous les États sont coupables au
même titre de la catastrophe du XXe siècle, époque dont le paradoxe
est qu’elle s’épanouit dans ce bien-être
produit par une efflorescence technologique issue en grande partie des
nécessités de la guerre (médecine, informatique…). Je dénonce la croyance
apparemment incontournable au fait que notre problème politique et social soit
lié à l’existence de gens qui recherchent le profit, l’enrichissement (les
capitalistes) et de gens qui recherchent le pouvoir (les politiques). Je pense
quant à moi que bien des gens de bonne intention font parfois (souvent !)
plus de mal que ceux qui ouvertement veulent profiter, dominer. Le profit et la
domination ne sont pas des désirs respectables certes, mais les bonnes
intentions de l’égalité et du bien-être pour tous, sous l’égide d’une Nature
divinisée, elle aussi soi-disant exempte de conflits, aboutissent au même
résultat, d’autant plus incontournable qu’il est auréolé de bonne volonté. Ce Welfare State promu depuis les années
1930 et devenu la Démocratie, est un
idéal d’autant plus redoutable qu’il s’est inscrit en nous, qui ne sommes plus
dominés de l’extérieur mais qui nous soumettons à une servitude volontaire et
cherchons subjectivement à nous sentir
bien plutôt qu’à nous réaliser.
Le titre de cet ouvrage aurait pu être Mort de l’État ou Mort de
l’espèce ? car depuis
plus d’un siècle, la survie des États se fonde sur leur action de destruction
de l’Humain, destruction physique d’abord, destruction beaucoup plus insidieuse
depuis 75 ans à travers une société d’abrutissement qui s’articule sur le luxe,
l’hyperconsommation et la négation du Réel. Et inversement la survie de
l’espèce dépend de la FIN DE L’ÉTAT qui est cette forme d’organisation de la
société esquissée depuis huit cents ans, élaborée depuis le XVIe siècle et triomphante depuis un siècle.
J’ai développé mon analyse essentiellement
dans un ouvrage intitulé D’août 14 à
l’âge d’or de l’État (2001) que j’ai résumé et actualisé en 2016 dans un
pamphlet L’État. De l’âge d’or au délire.
À la relecture, le ton de ce dernier texte ne m’apparaît pas assez serein et
j’en veux pour preuve que je l’ai présenté en finale comme un testament. Sa véritable
conclusion énonçait une réalité qui s’est révélée de manière particulièrement
sensible dans la crise de 2020 :
« La
Terreur que le Pouvoir développe aujourd’hui n’est pas autre chose que la
mobilisation générale d’Août 14 élevée au carré. […] Qu’elle soit issue de la
violence absurde du Terrorisme politique, ou qu’elle règne comme Terreur
alimentaire, Terreur climatique et
bientôt bactériologique, la Terreur frappe les populations dans leur vie
quotidienne. D’où le repli, l’enfermement,
la coupure de tout lien social. »
On ne pouvait, je crois, mieux
caractériser ce qui éclate maintenant au grand jour. J’ai dans le présent texte
choisi de positiver car la Fin de l’État est aujourd’hui à la fois
un fait – apparent dans le délire
politico-médiatico-administratif de la crise et des mesures adoptées – et un but : la survie de l’espèce, pas
sa survie physique, mais sa survie en tant qu’espèce véritablement humaine, dépend
du fait que nous entérinions la réalité et
la nécessité manifeste de la Fin de l’État. Je vais tenter d’expliquer pourquoi, dans l’espoir d’ouvrir
une brèche dans la conviction
commune.