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03 septembre 2021

 

De l’État bureaucratique
à l’État manager

 

La crise sanitaire actuelle pose de nombreuses questions. Médicales d’un côté, qui ne sont guère de mon ressort. Politiques de l’autre, dont je voudrais développer l’aspect assez remarquable à mon sens. Ainsi que je l’ai souligné au début de mon ouvrage La fin de l’État, « L’année 2020, marquée, sous le prétexte de la crise sanitaire, par un bouleversement spectaculaire des comportements politiques et sociaux, n’a pourtant rien amené de véritablement neuf. Elle a joué un rôle central d’accélérateur de toute une série de tendances inquiétantes déjà présentes dans notre société. Tendances qui nous faisaient nous demander : « Où va-t-on ? » et qui nous amènent désormais à nous poser plutôt la question : « Où en sommes-nous donc arrivés ? ».

 

La fin du XXe siècle, commencé par la tragédie d’Août 14 et ses prolongements jusqu’en 1945, a été marquée par un événement central sur le plan politique : la disparition de l’Empire soviétique d’abord, de l’État soviétique ensuite, en un temps record si l’on veut bien considérer qu’il s’agissait là du deuxième État le plus puissant de la planète.

Beaucoup y ont salué la fin d’un Système dominé par l’emprise de l’État sur l’ensemble des mécanismes de la société. Système qui a d’abord été dénoncé comme le « pays du mensonge déconcertant », l’État s’évertuant à construire la façade d’un État au service de tous, l’État prolétarien, mais derrière laquelle - ternie par les éliminations politiques et une dictature féroce - il n’y avait rien. Dans un deuxième temps, l’État prolétarien, célébré à la fin de la Grande Guerre comme l’Oncle Joe aux côtés de l’Oncle Sam, puis mis à l’index, s’est avéré capable de développer une immense industrie (de guerre notamment), de se doter des armes nucléaires et même de devancer un moment les États-Unis dans la course à l’espace. Tout cela en mettant à mal, par son soutien politique et ses fournitures d’armements, la domination occidentale sur les anciens pays colonisés. C’est la grande époque de la Guerre froide, dont la répression de l’insurrection de Budapest (1957) et la crise des missiles à Cuba (1962) ont marqué le point culminant.

Vingt ans plus tard, le système soviétique se délite complètement, l’État prolétarien ne s’avère même plus capable de nourrir la population sans faire appel aux blés américains, l’ensemble de la Société est complètement sclérosée. L’abandon de l’Empire soviétique se présente alors comme une tentative de sauvetage du système. Dès le début des années 1970, peu après le règlement du dernier grand conflit vietnamien, s’ouvrent des négociations pour la réunification de l’Allemagne. Et c’est bien le sens de l’histoire. Le 10 septembre 1989, la frontière austro-hongroise est ouverte - pas par hasard, évidemment - et des milliers de touristes venus d’Allemagne de l’Est passent à l’Ouest. Deux mois plus tard, la chute du Mur de Berlin marque la fin de l’Empire. « Le 1er mai 1989, le défilé traditionnel se déroula devant le Kremlin, sous la grande tribune où les dignitaires entouraient Gorbatchev pour contempler la revue. Un an plus tard, exactement, les huées de la foule chassaient celui-ci de cette même tribune d’où il s’enfuit honteusement. Un an plus tard encore (1991), il n’y avait plus de défilé, plus de président Gorbatchev, plus de parti communiste et plus d’Union soviétique. » (Jean Guehenno)

La chute du système soviétique est le triomphe de la politique initiée par la dame de fer britannique, Margaret Thatcher (première ministre de 1979 à 1990) et par l’acteur américain Ronald Reagan (président de 1981 à 1989). Les vingt dernières années du siècle sont alors dénoncées par la gauche dans son ensemble comme une ère d’ultralibéralisme pendant laquelle l’État-Providence, constitué par la protection sociale, les services publics, etc. est remis en question pour installer un système entièrement dominé par la Finance et le Grand Capital.

La question que je pose aujourd’hui est de savoir s’il s’agissait là véritablement d’un recul de l’État à la faveur de la disparition programmée puis réalisée de son principal défenseur soviétique, où s’il ne s’agissait pas plutôt d’un nouveau pas en avant du système de l’État, un pas qui pour être franchi avait besoin de la disparition du système bureaucratique. Auquel cas, le grand vainqueur de 1989, ce n’e sont pas l’ultralibéralisme et le Grand Capital, mais un Système soviétique modifié. Un Système d’État qui a pu accomplir un nouvel et immense « progrès » par sa mutation d’État bureaucratique en État-manager. Derrière la façade ultralibérale, ce qui prédomine, ce n’est pas l’abandon de la protection sociale et des services publics, mais la concession  de ceux-ci à des organismes privés ou semi-privés. Ce qui est en cause dans cette mutation, c’est que le fonctionnement bureaucratique de l’État n’était pas tenable et menait à la sclérose politique et sociale. C’est bien ce qu’a montré le système soviétique, c’est aussi ce que la dame de fer a démonté au Royaume Uni. Il faut donc, disent non les adversaires du système d’État mais les partisans de son développement, mettre l’État dans les mains de managers. Supprimer le fonctionnaire pour le remplacer par le travailleur d’une entreprise sous-traitante de l’État. Et en parallèle mettre toute activité économique ou sociale en lien avec le management général de l’État.

Ceci implique de grandes transformations du fonctionnement social, qui n’est plus réglé par un code fixe, une structure rigide (Bureaucratie), mais par une codification mouvante, imprécise… et d’autant plus efficace (Management) ! On entre ainsi… Je me reprends, on n’entre pas : on amplifie et on généralise un système d’autant plus insaisissable qu’il est flou, en perpétuelle mutation et pétri de contradictions internes apparemment insolubles. Si on tient compte de ces modifications, la France a bien pris la succession de l’Union Soviétique et l’Union européenne est bien le digne successeur de l’Empire soviétique. En « mieux », étatiquement parlant !

Dans l’univers économique et financier, les choses sont claires. Depuis la fin de la convertibilité du Dollar en or, le 15 août 1971, les États ont entre les mains tous les moyens financiers, sans limites aucune. C’est peu à peu la fin de l’ère de la Valeur-Travail qui s’installe. Nous quittons un univers « dans lequel le développement de l’activité humaine était lié à la place qu’elle pouvait prendre dans un système d’échange de plus en plus étendu. Nous sommes entrés depuis un siècle dans un mode d’existence sociale où l’activité humaine est centrée sur la participation de préférence volontaire à un système administratif, l’État, qui détermine ce qui est à faire ou à ne pas faire, ce qui entre dans son développement » (La fin de l’État, p.90) Ceci n’était évidemment pas possible dans un système administratif traditionnel, bureaucratique, un contexte rigide, où l’État était d’autant plus fragilisé qu’il apparaissait comme le metteur en scène universel. D’où la nécessaire mutation de l’État pour installer pleinement le nouveau mode d’existence sociale.

Dans l’État manager, pour ce qui concerne l’univers juridique, les choses sont on ne peut plus claires ! Si l’on veut bien entendre par là que c’est le bordel intégral. Dans le contexte de millions de lois et règlements émanant de structures étatiques à plusieurs niveaux - locales, régionales, nationales, supranationales, mondiales - il est impossible de se référer à quoi que ce soit de cohérent. On ne compte plus les lois sans décrets d’application, les arrêtés pris en dépit ou contre les lois existantes qui par ailleurs se contredisent entre elles. Et tutti quanti. Le monde des juristes est devenu le monde des avocats, c’est-à-dire non plus de connaisseurs des lois mais de négociateurs qui, vu le flou intégral, arrivent de préférence à se mettre d’accord sur un compromis viable quand il y a litige. Je dis de préférence, dans la mesure où la peine commune encourue dans un cas de non-accord est l’éternité d’interminables procédures judiciaires. Mais parfois l’absence d’accord est viable, voire préférable… c’est tout dire !

Dans l’univers du management, nous sommes passés dans l’ère de la post-vérité (Le bullshit, selon les ouvrages de Harry Frankfurt, On bullshit et On truth parus en 2006), ce qui stigmatise le fait que le manager (dont le dirigeant politique) ne cherche pas à tromper les autres, vision rétrograde basée sur le système ancien où il y avait quelque chose de « vrai » et qu’on voulait faire croire qu’on respectait le système tout en le contournant (tromperie). Le manager tient un discours complètement indifférent à la notion de vérité. Il ne cherche pas à savoir si ce qu’il dit est vrai ou faux, parce qu’il sait que ce qui est nécessaire pour former l’opinion publique, ce n’est pas d’énoncer des vérités ou des mensonges, mais de faire appel à l’émotion et aux croyances. De raconter des foutaises, un des termes par lesquels on traduit ce bullshit, terme d’argot américain signifiant littéralement merde de bœuf. Un des autres termes est celui de connerie. Sebastian Dominguez définit assez bien cette dernière comme une « constante réduction au même et à soi-même, d’où son recours permanent au témoignage, au terrain, au ressenti. L’authenticité, la subjectivité et la sincérité non seulement suffisent mais permettent au crétin de se gonfler d’orgueil et de satisfaction, il croit savoir de quoi il parle, alors qu’en réalité c’est cette seule croyance qui porte l’entier de son propos ». La « connerie » n’est pas propre à celui qui dit des choses fausses, stupides soit qu’il se trompe, soit qu’il veuille tromper les autres. Elle est le fait de celui qui fait preuve d’une suffisance à toute épreuve, que celle-ci soit de se prendre pour le protecteur de la nation et de son bien-être ou encore pour une « personne à la moralité irréprochable, un provocateur qui n’a pas peur de dire ce qu’il pense ou encore un intellectuel à qui on ne la fait pas, ou le plus souvent les trois à la fois » (S. Dominguez)

Tout ceci se répercute évidemment dans le domaine, je n’ose dire de la Pensée, mais de l’a-pensée, de l’intelligence. Car le débiteur de foutaises définit ci-dessus est souvent quelqu’un d’intelligent (malin), mais qui fait du Langage et de la pseudo-Pensée un simple instrument. Nous sommes entrés depuis plus de trois siècles dans l’univers de l’image (voyez mon ouvrage Image ou langage ?) qui a succédé à l’interdit de l’image posé par les grandes religions. Les mots eux-mêmes sont transformés en mots-images qui ne comportent plus l’ambiguïté fondamentale qui caractérise le Langage et la Pensée. Ils deviennent de simples signes, des bannières que l’on plaque sur la réalité et qui ne sont plus en aucun cas des outils de la Pensée mais des écrans qui se superposent à la Réalité. Une réalité que l’on ne peut plus aborder puisque l’on ne dispose plus de mots, ceux-ci ayant été soit supplantés par les images soit transformés eux-mêmes en simples signes.

 

J’en arrive au propos essentiel de mon intervention. Relisez ce que je viens d’exposer en pensant à la façon dont se déroule la crise sanitaire actuelle :

-    Le délire financier (préexistant) auquel la crise a donné une courbe hyperbolique (de milliards en trillions).

-    Le flou intégral des lois, décrets, arrêtés pris depuis dix-huit mois, lesquels vous mettent dans l’impossibilité de savoir si vous étiez en règle à 9h, si vous l’êtes entre 9h et 18h et le serez après 18h, ou tout simplement devant la question de savoir s’il y a moyen d’être « en règle »… et si c’est raisonnable

-    Le baratin, les foutaises que déversent avec beaucoup de bonne foi, de conviction, de chiffres, de graphiques et de tableaux une foule d’experts en tout genre et de politiciens qui ne veulent que votre bien, ou alors des provocateurs qui n’ont pas peur de dire ce qu’ils « pensent »

-    Le cycle de mots-images qui enserrent toute réflexion dans un étau : confinement - masque - test - vaccin - variant - passeport - etc.  Des mots d’autant plus paralysants qu’ils sont incontournables.

Je ne veux pas simplement expliciter en quoi cette crise sanitaire est le reflet de notre société, mais quelle occasion providentielle constitue cette épidémie réelle mais très relative (10 à 20 fois moins que la grippe espagnole) pour mener à terme et installer dans les esprits et dans les faits une évolution présentée comme désormais incontournable : le monde d’après !

D’incontournable il n’y a pour moi que le fait que nous sommes entrés depuis un siècle (1914) dans une période historique caractérisée par La fin de l’État, qui ne peut aujourd’hui subsister - lamentablement - que par le destruction de la Pensée, du Langage et de tout ce qui caractérise l’Humain. « Une certaine confusion règne encore, mais encore un peu de temps et tout s'éclaircira; nous verrons enfin apparaître le miracle d'une société animale, une parfaite et définitive fourmilière. » (Paul Valéry, 1918, in La crise de l’esprit, Première lettre, Œuvres I, Pléiade, p.994)

 



 

Ne pas penser pour (sur)vivre

Voilà ce à quoi nous sommes tous condamnés. Pour survivre, il faut accepter aujourd’hui de ne pas penser. Si vous cherchez à penser votre quotidien, vous devenez irrémédiablement FOU.

 

Toutes les informations circulent dans tous les sens sur tout, à tel point que la seule réaction saine que l’on puisse manifester est la MÉFIANCE. Méfiance à l’égard de la langue de bois et aux mensonges successifs que débitent les gouvernements et les sites d’information qu’ils subventionnent, l’enseignement qu’ils dégradent à n’en plus finir etc. Méfiance à l’égard de tous les « complotistes », nom générique par lequel on qualifie tous ceux qui ne pratiquent pas la langue de bois, mais font quant à eux feu de tout bois pour débiter à peu près n’importe quoi d’un air très assuré et en se référant à des révélations sensationnelles.

Cette situation déjà courante depuis quelques dizaines d’années a été portée au paroxysme par la prétendue crise sanitaire, laquelle n’a selon moi d’autre but que, non plus de nous apprendre à ne pas penser (ce que nous avons été amenés à faire depuis longtemps), mais de nous mettre en situation de ne plus pouvoir penser, faute de verser dans la folie.

L’État nous garantit que nous serons nourris, logés, que nous pourrons nous distraire et qu’il s’efforcera dans la mesure du possible à continuer à nous occuper. Ce n’est plus le tyrannique Métro, boulot, dodo d’il y a cinquante ans, ce sont les ludiques Plus belle la vie ou Demain nous appartient et tutti quanti, de TF1 et M6 à la 4, en passant par toutes les échelles selon votre niveau social.

De vie humaine, il n’est plus question. De collectivité moins encore. Quant à la Liberté ! … les opposants se contentent de réclamer leurs libertés individuelles.

La base de tout cela : la contrainte, la tromperie, la manipulation ? Que non ! La base de notre malheur est en nous-mêmes, elle n’est autre que ce « besoin » qui hante l’humain contemporain de ne plus lutter pour vivre, de ne plus sortir de lui-même, de remettre son Destin entre les mains de Dieu. J’entends du Dieu contemporain, de la Providence des humains, de l’État.

Attribuer un tel infantilisme au matraquage médiatique, à la propagande et au mensonge, ce serait donner foi à la théorie orwélienne du Big Brother, le grand méchant qui symbolise l’oppression, le fascisme. Or ce n’est pas du tout de cela qu’il s’agit. Nous ne vivons plus le temps d'une « propagande » imposée comme aux temps anciens. La propagande et la désinformation dont l’essor est dû aux Franco-anglais pendant la Grande Guerre, a été portée à de nouveaux sommets par le régime national socialiste allemand. Pour culminer dans les démocraties de l’après-guerre. On imposait alors, le moins possible par la force, plus volontiers par la propagande et la perfide « persuasion », le mensonge etc.

Ce n’est plus de cela (ou le moins possible) qu’il s’agit aujourd’hui. La propagande, cela fait vraiment mauvais genre. On est « transparent ». On explique, c’est tout. Il faut que les gens comprennent… Le phénomène essentiel est désormais que la population a été infantilisée en profondeur au travers un demi-siècle de « révolution sociale » : hyperconsommation débile, dévalorisation du travail et de l’effort, éducation de « bisounours », assistanat, effondrement catastrophique de l’enseignement, dictature du désir et du plaisir, perte de tous les repères,...

L’humain est désorienté en profondeur et, se sentant perdu (on revient à la méfiance dont je parlais au début de ce billet), demande de plus en plus de « protection » et d’intervention de l’État. « L’État n’a pas fait, il aurait dû faire, il doit faire plus, mieux, et encore et encore. » On n’entend que cela. Omniprésence tutélaire ! qui repose sur la conviction intime que nous ne sommes pas capables de gérer les éléments fondamentaux de notre existence. Et sur notre consolation ultime qu’en fin de compte, si rien ne fonctionne, ce n’est, comme le disent les enfants, « pas de notre faute », puisque c’est l’État qui a mal fait. C’est un cycle infernal !

Ce qui restera à mon avis de cette crise – si l’Humanité s’en sort, ce dont je doute souvent – c’est la manifestation d’un infantilisme généralisé, basé non sur le fait que « on nous cache » des choses ou que « on nous ment », mais sur la volonté profonde de ne surtout pas voir la Réalité en face. On se sert donc de toutes les conneries que les médias diffusent avec générosité comme justification précisément pour ne pas voir, ne surtout pas voir ! Ne pas penser, pour survivre… On dit que nous ne savons plus que croire parce qu’on nous raconte n’importe quoi. En fait, c’est parce que nous ne voulons surtout pas penser, que nous sommes prêts à croire n’importe quoi ! D’où le buzz des innombrable révélations sensationnelles sur le masque, les vaccins, le virus qui…, le médicament que…

On voit dans une situation telle que nous la vivons à quel point la notion du « Bon sens » a perdu toute signification. En profondeur. C’est cette barrière qui a complètement sauté et laisse dès lors place à la simple et universelle crédulité. Une crédulité non enfantine (utile à la croissance de l'enfant), mais infantile (avilissante).

Moi aussi, je dois accepter de ne pas penser pour survivre. Sans quoi je ne mets plus les pieds en rue ou dans les magasins, je ne prends plus les transports en commun, je vois les gens s’écarter de moi avec terreur (parce que j’ai oublié mon masque), etc. etc. Je puis certes penser, dans mon coin. Sans guère de possibilité de m’exprimer. C’est mon malheur. Certains y construisent leur Bonheur. Mais est-ce la solution que de s’extraire de la société pour soi-disant penser ? C’est ce que semblent croire en tout cas les bobos de ma génération qui se sont tous entichés d’orientalisme et autres philosophies qui leur permettent d’échapper au pseudo bien-être de nos sociétés consommantes pour atteindre Le Bien-Être, une forme d’accord essentiel avec leur Être profond en dehors de toute réalité.

Décidemment, la rupture ente la Pensée et la Vie est bien consommée !





 

 

Médias et fake news :

la double contrainte

 

Une double contrainte (de l'anglais double bind) est une situation dans laquelle une personne est soumise à deux contraintes ou pressions contradictoires ou incompatibles. Une double contrainte désigne donc l'ensemble de deux injonctions qui s'opposent mutuellement augmentées d'une troisième, qui empêche l'individu de sortir de ce dilemme[1]. Si vous ne faites pas X, vous ne pourrez pas (survivre, être en sécurité, vous amuser, etc.), mais si vous faites X, vous ne pourrez pas (survivre, être en sécurité, vous amuser, etc.) Ou encore : “Ne fais pas X, ou je te punirai.” et  “Si tu ne fais pas X, je te punirai”. C’est ce qu’on appelle une injonction paradoxale.

Dans le système d’information actuel, cela donne : je te raconte n’importe quoi, mais tu dois me croire ET si tu ne me crois pas, c’est donc que tu crois n’importe quoi.

Comme pour beaucoup d’autres choses, la crise récente a accentué encore le narratif uniforme matraqué  par les radios et les télévisions. Non que ce ne fût le cas auparavant, mais maintenant tout le monde sait. Que sait-on exactement ? Que les médias tiennent un discours qui n’a aucun rapport à la Vérité, un discours purement de circonstances. Pas nécessairement un discours contraire à la vérité, mais un discours qui en tout cas ne la recherche pas, ne se veut que concret, efficace, lié aux événements. Peu importe que ce soit vrai ou faux… ils s’en foutent. En anglo-américain, ils emploient pour désigner ces foutaises le terme argotique de bullshit ! Ce qui permet parfaitement, on vient de le voir et on le voit encore, que six mois plus tard, voire même le lendemain, on dit exactement la foutaise contraire de celle qu’on vient de répandre, ou simplement une autre. C’est l’exemple célèbre du mot d’ordre Les pommes de terre, c’est bon ! quand pendant la guerre les silos regorgeaient de patates, suivi du slogan Les pommes de terre font grossir ! parce que les silos étaient vides. Comme pour les stocks de masques récemment !

Les discours tant officiels que « anti » n’ont pas pour but de nous tromper. Ils sont au service d’une prise de position générale et ne se soucient pas du tout de la Vérité. Laquelle d’ailleurs n’existe pas, ajoutent les intellectuels, puisqu’il est bien convenu que n’existe qu’à chacun sa vérité.

Et quand je dis qu’aujourd’hui « tout le monde sait » qu’il en est ainsi, cela veut bien sûr dire que ceux-là mêmes qui déploient et représentent le discours officiel le savent aussi. Ils passent évidemment pour de stupides idiots à se contredire aussi manifestement, mais cela fait partie de leur boulot. Leur image en pâtit-elle ? Certes au regard de la notion sacrée du Père omniscient, ce n’est plus tout à fait ça… : il faut précisément, pour faire partie des cercles dirigeants aujourd’hui, être avant tout humble et avoir rompu avec le caractère sacré du Pouvoir au profit de son efficacité, quitte à s’excuser ensuite d’avoir fait une erreur. C’est bien à la mode ces derniers temps, comme si avouer ses fautes passées permettait d’en faire d’autres d’autant plus impunément aujourd’hui.

Le problème se transforme en double contrainte quand on voit que ceux qui s’opposent au discours officiel (les anti-) déploient exactement les mêmes méthodes. C’est-à-dire que pour eux non plus le rapport de leur discours à la Vérité ne se pose pas. Eux aussi recherchent la seule efficacité, l’impact émotionnel. Leur seule volonté est de s’opposer. La fake news se caractérise par le fait qu’elle vient contredire le discours officiel. Celui-ci dit blanc, l’autre dira noir. C’est assez simple en somme. Il suffit de rapporter un fait en discordance avec le discours officiel ou un autre fait, une autre image qui frappe. On peut aussi ne pas seulement contredire le discours officiel, mais affirmer en plus que ce discours est produit pour tromper. On verse alors dans ce qu’on appelle aujourd’hui complotisme. Accuser l’information officielle de manipuler la Vérité au service des puissants et des riches. À quoi le Discours officiel répond que le complotiste dit tout et n’importe quoi pour générer l’anarchie.

Et ils ont tous deux RAISON.

Voilà exactement le principe de la double contrainte. Vous êtes contraints de choisir, et quel que soit le choix que vous faites, le résultat est exactement le même : stupide, inconséquent.

Comment s’en sortir ? C’est bien là notre problème aujourd’hui, et il n’y a guère d’autre solution que de se taire ! Arrêter tous ces ragots de commères et compères, laisser tomber ces discutailleries infinies qui n’ont d’ailleurs pas d’autre but que de se mettre en avant, de servir de bannières, comme les experts virologues et les anti-experts à la Raoult.

J’ai dit quelque part qu’on ne s’en sortirait pas si on ne se remettait pas à penser. Et penser, cela veut dire aujourd’hui arrêter de commenter ce qu’on appelle l’actualité.

Quant à savoir que faire, il y a deux points de vue différents. Le point de vue individuel : agir suivant sa conscience des principaux humains fondamentaux et faire des règles sociales ce qu’on veut et ce qu’on peut, sans se faire prendre ! Quant au point de vue collectif, arrêter ce remue-ménage insensé qui ne peut que nous enfoncer dans la bêtise. Nous y sommes doublement contraints en attendant que par miracle nous puissions être libérés de ce cirque et nous développer, quitter cet univers d’univers d’images et à nouveau penser et parler.

Que peut-on dire d’autre de la situation actuelle que ce que disait Guillaume Du Vair des calamités de la guerre civile au XVIe siècle :

« Il advint en une honnête maison qu’un singe, que l’on y nourrissait par plaisir, alla prendre un petit enfant au berceau et le porta au faîte de la couverture : incontinent qu’on s’en aperçut, le père et la mère accoururent tout transis, pleurant et ne sachant que faire, car de crier ou courir après le singe, il eût laissé tomber l’enfant qui se fût rompu cent fois le cou. Ils attendaient donc sans mot dire et regardaient piteusement les larmes aux yeux et tout tremblants de frayeur ce qui en devait advenir. Il arriva, et ce fut une grande grâce de Dieu, que le singe redescendit tout doucement et reporta l’enfant où il l’avait pris. Nous avons eu et avons les mêmes sueurs, et avons vu et voyons encore notre religion et notre pauvre État entre les mains d’étranges gens et merveilleusement étourdis, qui s’en jouent et les tiennent pendus en l’air du bout des doigts et prêts à les précipiter au moindre étonnement. Au moins plût-il à Dieu, mais je ne l’ose espérer, qu’à la fin ils nous fissent le tour du singe et nous remissent où ils nous ont pris au commencement. » (De la constance et consolation es calamités publiques, 1594)

Face à ceux qui nous refont le tour du singe, attendons patiemment sans remuer la m… dans la perspective, même si nous n’osons l’espérer, qu’ils nous remettent là où ils nous ont pris au commencement. Et attaquons-nous au problème fondamental : contre le monde d’après qu’ils nous préparent, construisons le monde d’après l’État !

 




[1]     Le concept a été développé principalement par Gregory Bateson (Bateson, G., Jackson, D. D., Haley, J. & Weakland, J., Towards a Theory of Schizophrenia. in Behavioral Science, 1956). En français, le représentant le plus connu de cette école dite de Palo Alto fondée par Bateson est Paul Watzlawick (notamment Une logique de la communication, 1967)

23 août 2021

 POUVOIR et AUTORITÉ


Le thème CENTRAL de La fin de l'État est celui de l'opposition de l'AUTORITÉ et du POUVOIR.

Cela peut sembler d'autant plus paradoxal qu'on a tendance à identifier les deux. Or cette identification tient précisément au fait que ce qui caractérise notre époque moderne est que dans sa croissance absolue, le Pouvoir s'est incorporé l'Autorité, en l'annihilant par la même occasion.

Or ce qui perce particulièrement depuis un siècle c'est l'opposition de deux situations :

Pouvoir et destruction de l'Humain

ou

Autorité et construction de l'Humain

J'ai centré cette évolution sur la Grande Guerre (Août 14) dans la mesure où elle en constitue un pallier très important. Mais elle était déjà en cours depuis des lustres et connaît une croissance exponentielle depuis la fin de la Grande Guerre du XXe siècle (1945). 

Se marque très clairement ce que J.J. Rousseau soulignait il y a près de deux siècles : passé un certain stade de développement du Pouvoir, on ne peut plus dire que celui-ci reflète l'état de la Société dont il émane. Il faut convenir au contraire que le Pouvoir formate la Société  à Son image. C'est ce qui s'est passé à travers l'ÉTAT-PROVIDENCE, la société de consommation, la transformation de l'éducation en fabrique du crétin, etc. Une destruction de l'humain de nature interne donc. La conséquence en est que les humains demandent toujours plus de Pouvoir, celui-ci apparaissant comme leur seul recours dans leur situation désespérée.

Je m'oppose donc non seulement au Pouvoir lui-même, mais en même temps à tous ceux qui critiquent les imperfections voire l'absurdité de l'État, qui en dénoncent les absences (!), son caractère inégalitaire, ses atteintes aux libertés, son mensonge, la propagande, le contrôle universel et par-dessus tout l'usage de la force et de la violence (le fascisme). Car le Pouvoir comme ses prétendus opposants se situent dans la logique du développement du POUVOIR IDÉAL, intégrant l'ÉGALITÉ, etc. Car comme le disait Montesquieu, il y a deux types d'égalité, celle des hommes libres et celle des individus réduits à zéro (0=0).

Je me pose comme un défenseur de LA LIBERTÉ dont le fondement est le développement de l'Humain. Et cette Liberté ne peut passer que par la renaissance d'une Sagesse promue et défendue par une ÉLITE, une  AUTORITÉ, qui pose comme but premier de son action le développement du Bon Sens des Humains et de leur capacité de prendre en mains leur propre Réalité. Ce qui ne peut se faire qu'en s'opposant non aux différentes formes de Pouvoir, mais au Pouvoir lui-même dans sa croissance infinie.

Le déni de la Réalité est une composante fondamentale de l'absolu du Pouvoir, lequel remplace le Réel extérieur à l'Humain par une pseudo-réalité que le Souverain a créée et qui s'exprime dans un ensemble de codes et de réglementations à respecter. Ce qui nous amène à notre situation présente : pour vivre dans la Société, nous devons vivre sans penser, accepter de ne pas penser. Cette nécessité est instaurée non en imposant une façon de penser unique mais en développant l'impossibilité de penser. Notre problème actuel n'est pas qu'on nous enferme dans UNE manière de voir les choses, une information tronquée etc. mais que tout est démultiplié et dilué à l'extrême. On ne nous force pas à penser ceci ou cela, mais il est impossible de penser, car on s'est attaqué à ce qui constitue le fondement de la pensée : le Langage.

Il me semble que le développement de la crise sanitaire, s'il n'a rien apporté de vraiment neuf,  a singulièrement accentué et mis en valeur cette situation fondamentale. Je termine l'ouvrage en disant que c'est maintenant tellement gros que peut-être d'aucuns vont commencer à s'en rendre compte et à rechercher les moyens de développer cette nécessaire Autorité. 

À quoi on peut m'opposer que plus c'est gros, plus ça passe...! Ceci me permet de souligner que évidemment si personne n'y fait rien mais que tous ceux qui ne peuvent vivre sans penser se contentent de se retirer de la société et de se réfugier dans les philosophies de l'acceptation, de la bienveillance et du bien-être individuel, il en sera nécessairement ainsi !

L'acceptation est bien sûr nécessaire, car nous avons tous à accepter, notamment que nous sommes mortels. Seul le Pouvoir souverain s'indigne de la mort et nous assure de l'immortalité, il vient de nous le montrer amplement ! Mais nous devons aussi accepter que nous sommes animaux, mais pas simplement animaux. Accepter notre réalité humaine est accepter une Réalité en développement dont nous revient la Responsabilité.

Je terminerai par un Amen, vu qu'on ne manquera pas de m'accuser de prêcher





21 août 2021

 De l'usage des MOTS

J'ai relevé comme une des principales menaces touchant l'Humanité la disparition du Langage.

Cette menace est évidente si l'on considère la place qu'a prise depuis le XVIIe siècle l'Image dont la croissance a été continue pendant près de trois siècles et est devenue exponentielle depuis un siècle. J'ai traité de cette question dans mon ouvrage Image ou Langage ? en partant de l'interdit de l'Image présent dans la plupart des religions et constituant non pas un des dix commandements mais le deuxième commandement. Les dernières grandes manifestations de l'opposition à l'image en Occident ont été l'oeuvre des protestants au XVIIe siècle, notamment des Calvinistes. Ce ne sont pas les développements technologiques de la gravure, de la photo, du cinéma et de la télévision qui ont entraîné la prépondérance de l'Image, c'est au contraire le primat donné à l'Image qui a amené les découvertes technologiques nécessaires à sa réalisation.


Je voudrais souligner un autre aspect de la disparition du Langage, interne à celui-ci : la disparition du sens des mots. Comme si les mots n'avaient pas de sens en eux-mêmes mais n'avaient que celui qu'on leur donne en fonction des buts que l'on poursuit. Les mots constituant le Langage subissent ainsi une mutation qui les transforme en simples signes. Du symbole on passe au signe, du langage à l'image-mot. C'est la langue elle-même qui se transforme de l'usage du SYMBOLE et de ses multiples jeux qui constituent la Pensée, en un catalogue de quelques centaines de SIGNES ou images-mots. La différence entre l'un et l'autre est que le signe renvoie directement à l'objet qu'il désigne alors que dans le symbole, la représentation est arbitraire. La preuve : différentes langues désignent de manière totalement différente le même objet ou la même réalité. Cet écart est fondamental dans la naissance de la PENSEE humaine. L'abolir revient à dire que l'humain peut (ou doit) vivre sans penser, ce qui revient à dire qu'il n'est plus Humain en tant que tel mais simple animal raisonnant, calculant.

Ceci est une des données particulièrement évidentes de la crise sanitaire actuelle dont le parcours peut être décrit par quelques mots-images : pandémie - confinement - masque - test - vaccin - passe sanitaire - variant, liste non exhaustive qui se terminera sans doute, non par la mort du virus ni par celle de l'espèce mais par le vivre avec par lequel on aurait pu (dû) commencer non en invitant (forçant) les humains à suivre des signes, mais en les amenant à penser, tout simplement, à développer leur bon sens non par des mots d'ordre mais par une sagesse. Ce qui eût évité les situations ubuesques que nous avons vécues et que nous vivons encore.

Ainsi le mot VACCIN est aujourd'hui la principale image-mot qui oppose les humains en deux camps : celui qui suit la bannière et celui qui la refuse. Opposer pour mieux régner est une des principales recettes du Pouvoir. Et on y arrive d'autant mieux que tant d'un côté que de l'autre, c'est l'absence de pensée qui domine. Et c'est sans doute cela le plus inquiétant aujourd'hui, bien plus qu'une quelconque mise au pas selon les uns, ou l'irresponsabilité des autres.

Le mot VACCIN a son origine dans une découverte de la fin du XVIIIe siècle. En inoculant volontairement aux humains le virus de la vaccine (propre à la vache, aux bovins), on favorisait chez eux la production d'anticorps les protégeant de la variole. Celle-ci fut un fléau de l'humanité pendant des millénaires. Par la suite on fit usage du même procédé pour d'autres maladies très graves qu'on réussit même à éradiquer en rendant la vaccination obligatoire : tuberculose, poliomyélite, diphtérie. Ce qui justifie le côté obligatoire de certains vaccins. Le mot VACCIN gardait son SENS même s'il ne s'agissait plus de la vaccine contre la variole. C'est là le propre de la pensée humaine dont un des fondements est l'analogie.

Plus récemment, on a étendu le mot VACCIN à tout type d'injection destiné à protéger l'humain de certains types de maladie ou tout simplement à renforcer son système immunitaire, en privant ainsi le mot de tout son SENS. C'est ainsi qu'on pseudo-vaccine contre la grippe, ce qui est une pratique impossible dans la mesure où le virus de la grippe mute en permanence. La vaccination va "marcher" si le virus a peu muté d'une année à l'autre ou si les mutations les plus importantes se sont produites suffisamment tôt dans l'autre hémisphère pour qu'on ait pu adapter le vaccin. On adjoint donc au produit injecté des éléments destinés à stimuler l'immunité. Il en est de même pour le coronavirus, avec cette différence qu'il ne s'agit pas d'un virus saisonnier qui fait le tour de la planète pour se développer en hiver, mais d'un virus dont on ne connaît pas les conditions de développement.

On a ainsi développé sous le mot "vaccin" toute une série de pratiques qui n'ont plus rien à voir avec la vaccination. Une des dernières est celle des désormais célèbres ARN messagers, découverte importante dans la compréhension de la manière dont l'ADN agit sur nos cellules. On connaissait l'hérédité, les chromosomes (mot apparu vers 1890), les gènes (mot apparu en 1909), gènes constitués de chaînes d'ADN. C'est dans les années cinquante que les travaux des biologistes ont porté sur la manière dont ces gènes agissaient sur nos organes. Une description vivante et accessible de ces recherches a été donnée par François Jacob dans son ouvrage La statue intérieure, autobiographie dont la partie la plus intéressante concerne cette question qui l'a amené à recevoir, conjointement à son patron, le Prix Nobel. Cette recherche apparaît comme une sorte de poursuite d'un élément X mal défini dont les biologistes découvrent peu à peu les propriétés et qu'ils finissent par cerner en lui donnant alors le nom d'ARN messager. Les recherches pratiques, technologiques sur l'emploi de cette découverte scientifique ont démarré environ trente ans plus tard et mené entre 2000 et 2020 à plusieurs essais cliniques concernant notamment la rage, le paludisme, le SIDA et le cancer. Il n'y a à ma connaissance jamais eu de campagne de TEST suite à ses essais cliniques..

"Treize patients s’étaient vu administrer un vaccin anticancer à ARN messager, avec des résultats encourageants, rapporte par exemple une publication scientifique en 2008. Depuis, de nombreux autres essais sur l’homme ont été menés, et les vaccins à ARNm sont considérés depuis les années 2010 comme l'avenir de la vaccinologie. Les grands progrès réalisés depuis une quinzaine d’années sur l’ARNm (en termes de stabilité, d’immunogénicité ou de conception du « véhicule » de l’ARN) ont permis de multiplier les candidats-vaccins. En 2017, on comptait déjà sept essais cliniques sur de tels vaccins contre des maladies infectieuses (ciblant le VIH, le virus de la rage, le virus Zika et la grippe), et près d’une soixantaine contre différents cancers. Les résultats contrastés et la complexité de formulation de cette technique ont conduit une partie des laboratoires pharmaceutiques à s’en détourner..." (Le Monde, 28 mai 2021)

Mais revenons à nos moutons : le mot VACCIN a été utilisé abusivement pour une raison : si l'on parlait à la fameuse opinion publique de toucher à tout ce qui se rapproche tant soit peu de nos gènes, cela provoquerait une levée de boucliers. On a donc profité de l'épidémie de coronavirus pour introduire une thérapie non pas génique mais touchant de près au mécanisme de fonctionnement de nos gènes, et cela sous le nom de vaccin, un mot "acceptable" par l'opinion publique. Voilà le but de l'utilisation de ce mot : faire entrer dans l'esprit des "gens" (un mot sur lequel il faudrait aussi revenir longuement) que les thérapies géniques sont l'avenir de la médecine. On emploie donc ce mot pour sa simple efficacité en tant que SIGNE. Plutôt que d'être l'instrument principal du développement de la PENSEE, il fait obstacle à la Pensée, mais remplit le rôle assigné au mot-image : rassembler l'opinion publique sous une bannière. Le mot, qui était le propre du Sage, est ainsi devenu l'instrument du manager. Il n'est pas vaincu par l'image mais mort en lui-même.

Le développement de l'écologie est aujourd'hui un lieu privilégié de cette mutation du mot en signe. Peu importe pour les "verts" si ce qu'ils racontent a du sens et un quelconque rapport avec la vérité, du moment que cela nous mène vers le nécessaire "changement de société", le passage de l'hyperproductivisme et de l'hyperconsommation vers une société verte, durable. Un projet intéressant en soi. Ceux qui pratiquent ce type de basculement du mot en mot-image ne le font pas toujours par mauvaise foi, ils peuvent même être guidés par des objectifs louables. Il n'empêche que leur attitude contribue à cette disparition de la Pensée. Leur propagande peut sans doute mener l'humain à vivre mieux dans la nature... mais le mène certainement à cesser de vivre en tant qu'humain !

Il n'y a rien de simple dans le mot. Non ?

02 mai 2021

Annonce de parution de l'ouvrage LA FIN DE L'ETAT. Préface & Communiqué de presse

 

LA FIN DE L'ETAT   

est disponible  sur TheBookEdition


En voici la Préface :


Si j’ai écrit ce texte, c’est parce que depuis quarante ans que j’écris, je me sens toujours dans une complète incompréhension, parce que je ressens mon point de vue comme rejeté a priori, non entendu. Non audible ? Je n’en suis pas convaincu. Forcément, sinon je ne reprendrais pas la plume. Mais non écouté, parce que les esprits sont toujours orientés dans une perspective qui semble incontournable et qui de mon point de vue bloque toute réflexion :

- du point de vue positif, la perception de la vie idéale comme absence de contradictions, de travail. Une sorte de pays de cocagne. Je ne crois sûrement pas que le monde soit une vallée de larmes et que nous ayons à gagner une félicité éternelle par les peines que nous endurons ici bas. C’est une vision qui a régné jadis. Mais les esprits sont passés dans l’inverse qui est tout aussi faux : la dictature du plaisir, de la spontanéité, la négation de toute élaboration… ce qu’on appelle liberté, développement du sujet… et qui n’est en fait de mon point de vue que le règne du spontané, du n’importe quoi.

- du point de vue négatif, l’idée que l’ennemi est la violence, la contrainte, dite fascisme, parce que nous avons vécu le syndrome de la Grande Guerre (1914-1945) et que les vainqueurs, l’union des démocraties, a rejeté la faute, la responsabilité de la guerre, en 1914 et plus encore en 1939, sur les régimes autoritaires. Je n’ai jamais voulu encenser le pouvoir autoritaire, loin de là, mais il est historiquement plutôt de l’ordre du passé, et il faut, je crois, aujourd’hui stigmatiser surtout (parce que c’est cela qui nous bloque) le pouvoir insidieux de régimes qui s’appuient sur la corruption interne des humains et font régner le chaos. Tous les États sont coupables au même titre de la catastrophe du XXe siècle, époque dont le paradoxe est qu’elle s’épanouit dans ce bien-être produit par une efflorescence technologique issue en grande partie des nécessités de la guerre (médecine, informatique…). Je dénonce la croyance apparemment incontournable au fait que notre problème politique et social soit lié à l’existence de gens qui recherchent le profit, l’enrichissement (les capitalistes) et de gens qui recherchent le pouvoir (les politiques). Je pense quant à moi que bien des gens de bonne intention font parfois (souvent !) plus de mal que ceux qui ouvertement veulent profiter, dominer. Le profit et la domination ne sont pas des désirs respectables certes, mais les bonnes intentions de l’égalité et du bien-être pour tous, sous l’égide d’une Nature divinisée, elle aussi soi-disant exempte de conflits, aboutissent au même résultat, d’autant plus incontournable qu’il est auréolé de bonne volonté. Ce Welfare State promu depuis les années 1930 et devenu la Démocratie, est un idéal d’autant plus redoutable qu’il s’est inscrit en nous, qui ne sommes plus dominés de l’extérieur mais qui nous soumettons à une servitude volontaire et cherchons subjectivement à nous sentir bien plutôt qu’à nous réaliser.

Le titre de cet ouvrage aurait pu être Mort de l’État ou Mort de l’espèce ? car depuis plus d’un siècle, la survie des États se fonde sur leur action de destruction de l’Humain, destruction physique d’abord, destruction beaucoup plus insidieuse depuis 75 ans à travers une société d’abrutissement qui s’articule sur le luxe, l’hyperconsommation et la négation du Réel. Et inversement la survie de l’espèce dépend de la FIN DE L’ÉTAT qui est cette forme d’organisation de la société esquissée depuis huit cents ans, élaborée depuis le XVIsiècle et triomphante depuis un siècle. 

J’ai développé mon analyse essentiellement dans un ouvrage intitulé D’août 14 à l’âge d’or de l’État (2001) que j’ai résumé et actualisé en 2016 dans un pamphlet L’État. De l’âge d’or au délire. À la relecture, le ton de ce dernier texte ne m’apparaît pas assez serein et j’en veux pour preuve que je l’ai présenté en finale comme un testament. Sa véritable conclusion énonçait une réalité qui s’est révélée de manière particulièrement sensible dans la crise de 2020 : 

« La Terreur que le Pouvoir développe aujourd’hui n’est pas autre chose que la mobilisation générale d’Août 14 élevée au carré. […] Qu’elle soit issue de la violence absurde du Terrorisme politique, ou qu’elle règne comme Terreur alimentaire, Terreur climatique et bientôt bactériologique, la Terreur frappe les populations dans leur vie quotidienne. D’où le repli, l’enfermement, la coupure de tout lien social. » 

On ne pouvait, je crois, mieux caractériser ce qui éclate maintenant au grand jour. J’ai dans le présent texte choisi de positiver car la Fin de l’État est aujourd’hui à la fois un fait – apparent dans le délire politico-médiatico-administratif de la crise et des mesures adoptées – et un but : la survie de l’espèce, pas sa survie physique, mais sa survie en tant qu’espèce véritablement humaine, dépend du fait que nous entérinions la réalité et la nécessité manifeste de la Fin de l’État. Je vais tenter d’expliquer pourquoi, dans l’espoir d’ouvrir une brèche dans la conviction commune.


Communiqué de presse

La Grande guerre de Trente ans du XXe siècle achève la déstructuration de la Société et ouvre l’âge d’or du Pouvoir d’État, qui envahit tous les secteurs de la vie. La crise sanitaire récente est le chant du cygne de cette évolution qui met en avant tous ceux qui veulent que l’État gère tout, de l’économie au climat, du social au sanitaire, sans oublier la sécurité, le commerce, la famille, l’assiette, la boisson, le sexe, et ce qui reste. Et avant tout l’éducation, le formatage des générations futures ! Or, la crise sanitaire nous montre une nouvelle fois, mais de manière aveuglante, que la régulation de la Société par l’État (ce qu’on appelle le gouvernement) a fait plus que son temps. L’État comme forme politique, tant socialiste que libérale ou populiste, est une réalité historique périmée.

Car la régulation sociale omniprésente

est par essence contraire au développement de l’Humain.

La fin de l’État n’est pas écrit d’un point de vue anarchiste, que du contraire : c’est le Pouvoir démocratique absolu aujourd’hui en place qui cultive le désordre social et la guerre civile. Le POUVOIR s’est développé sur la destruction du régulateur traditionnel de la Collectivité : l’AUTORITÉ, liée à la personnalité du Sage et au développement général du Bon Sens des Humains. Les Sages ont été remplacés par une intelligentsia, des intellectuels qui ne pensent pas mais sont au service du Pouvoir. Le Bon Sens a fait place aux consignes et au civisme.  L’Humain au Citoyen. La Collectivité à l’Administration. Ce qui nous menace avant tout, non, non, ce n’est ni la mort physique (qui viendra en son temps pour chacun de nous), ni la dictature par le mensonge ou la contrainte et le contrôle. C’est la disparition du Langage et de la Pensée, le règne de l’Image. La classe médiatico-politique nous mène par la TERREUR économique, politique, écolo-climatique, sanitaire et même cosmologique (c’est tendance ces derniers mois). Tant les tenants de la pensée unique que les complotistes font régner un climat apocalyptique, une PEUR qui a pour seul but de nous priver de notre réalité véritablement HUMAINE, de notre développement, et nous installer dans une servitude volontaire. Paul Valéry disait en 1918 : « Une certaine confusion règne encore, mais encore un peu de temps et tout s'éclaircira ; nous verrons enfin apparaître le miracle d'une société animale, une parfaite et définitive fourmilière. » (1918) Un siècle, et nous y voilà ! Et on ose nous persuader aujourd’hui d’avoir peur que cela ne puisse pas continuer… !!! pour que nous puissions conserver notre pseudo-luxe,  notre oisiveté…

 

La deuxième partie de l’ouvrage (Le nerf de la guerre) montre comment une épidémie transformée en psychose est tombée providentiellement pour donner l’occasion de parer à une crise financière imminente et passer au monde d’après : installer la fin de la Valeur-Travail et la remplacer par la monnaie-jeton d’État. Les États ont imposé l’arrêt de toute activité sociale et se présentent comme la seule « solution » par l’injection de trillons en jetons d’État. Toute l’activité humaine dépendra désormais du management politico-médiatique.

À tous ceux qui croient que si tout va mal, c’est parce qu’on nous pompe notre fric et qu’on est dirigé par des imbéciles et des corrompus, je dis qu’il est peut-être temps urgent de revoir leur vision des choses.

Complotisme ? Vous savez, malgré vu ce que je viens d’écrire, je pense que parmi nos dirigeants, à côté des cyniques et des corrompus, il y a plein de gens honnêtes et même d’idéalistes qui nous mènent sans s’en rendre compte à notre seul bien-être animal, appuyé sur la technologie, … verte bien sûr !

 Nouvelle parution au 31 mars 2022 Le variant ukrainien Collection : Contre le Courant n°2 Le titre de la collection étant Contre le Couran...